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patrimonial

Numéro 3 de Patrimonial consacré au territoire vaudois : histoire, patrimoine et évolution des paysages et des lieux de vie.

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PATRIMONIAL

9
783038
LE TERRITOIRE

280873

PATRIMONIAL N°3 LE TERRITOIRE
PATRIMONIAL N° 3
À travers ses chemins, ses places, ses vergers, ses étendues libres ou ses villes et
villages, le territoire tisse le récit dynamique de son histoire. Au fil des siècles, sa lente mais
inexorable mutation a façonné une réalité complexe. Aujourd’hui, le dialogue entre patrimoine
et développement, monuments et croissance, se révèle indispensable pour anticiper au
mieux et projeter les transformations futures de nos lieux de vie. Ce numéro de Patrimonial
est une invitation à la promenade, à la découverte du territoire vaudois et de sa gestion, du
Moyen Âge à nos jours.

MONUMENTS ET SITES — VAUD
SOMMAIRE

3 Préface Pascal Broulis
6 Éditorial Laurent Chenu

Le territoire comme patrimoine
12 Un territoire pluriel
Territoires, lieux et patrimoine Laurent Chenu
Gustave Roud et le Haut-Jorat Stéphane Pétermann / Gustave Roud
26 Paysages de l’histoire
De la grosse à la planchette Paul Bissegger
Limites oubliées : les bornes devenues inutiles Catherine Raemy-Berthod
Au cœur de Payerne : les traces d’un passé millénaire Brigitte Pradervand
Baronnie de Prangins : des terres à géométrie variable Marie-Hélène Pellet
Lecture de cartes. La maison du Bois de Chênes à Genolier Catherine Schmutz Nicod
60 Planifier pour sauvegarder
Les chartes et la loi vaudoise Maria Chiara Barone
Comprendre le territoire : l’inventaire ISOS Marcia Haldemann
Un « guide paysage » pour les communes de Lavaux Yves Blanc
Planification communale et protection du patrimoine Francine Bujard
Le patrimoine, et le développement de l’Ouest lausannois
Lorette Coen, Ariane Widmer, Benoît Biéler

88 Échanges et mouvements
Embarquements et débarquements Didier Zuchuat
Vaud, chemin faisant Jean-Pierre Dewarrat
Traverse : une application qui se joue des frontières Philippe Hanus

Actualités chantiers
102 Sélection de chantiers suivis par la Section monuments et sites
Laurent Chenu, Ulrich Doepper, Sandy Haldemann, Nicolas Meier, Dominique Rouge-Magnin, Catherine Schmutz Nicod, Karina Queijo

Actualités protection
108 Objets récemment classés Noémie Descœudres Jaccottet, Michèle Grote, Catherine Schmutz Nicod

Actualités monuments et sites
114 Journées européennes du patrimoine 2016 et 2017 Laura Bottiglieri
116 Les Monuments d’exception : parutions et actualités 2016 - 2018 Catherine Schmutz Nicod

8 PATRIMONIAL N° 3 PATRIMONIAL N° 3 – SOMMAIRE 9
LECTURE DE CARTES. LA MAISON
DU BOIS DE CHÊNES À GENOLIER
Sise dans une réserve naturelle classée, posée sur une légère éminence et au centre
d’une grande clairière (fig. 3), la maison seigneuriale du Bois de Chênes apparaît au visiteur
qui s’y rend pour la première fois comme la belle endormie d’un livre de contes, bien isolée et
loin des hommes… Mais à y regarder de plus près, on remarque qu’elle constituait le centre
de toute une économie basée sur l’élevage, l’agriculture, la sylviculture et surtout l’énergie
hydraulique. De plus, elle était idéalement établie à la croisée des chemins, à mi-distance des
localités de Genolier, Arzier-Le Muids, Begnins, Vich et Coinsins. Avec les sources écrites et les
vestiges encore visibles sur le terrain, la lecture des anciens plans du site et de la commune de
Genolier permet de comprendre le contexte géographique et historique, mais aussi de mesurer
l’intérêt stratégique de la maison.

Le Molard et sa motte castrale
Pour bien saisir l’importance de la maison du Bois de Chênes, il faut tout d’abord Catherine Schmutz Nicod
Historienne des monuments
s’intéresser à l’histoire de la seigneurie de Genolier, qui a connu de nombreux changements Rédactrice des Monuments d’art et d’histoire
depuis le Moyen Âge. Elle était co-dirigée par les familles de Prangins et de Mont, qui ont
construit le premier château de Genolier vers 1210. Selon le médiéviste Bernard Andenmatten,
les de Mont sont l’une des rares familles de la noblesse vaudoise que l’on peut rattacher à
l’entourage des rois de Bourgogne au Xe siècle, c’est dire leur ancrage dans la région. Leur
château de Mont-le-Grand (commune de Mont-sur-Rolle) est d’ailleurs attesté dès 996.
Les anciens plans de Genolier montrent les ruines d’une tour forte située à proximité
immédiate du village, implantée sur une motte circulaire au lieu-dit Le Molard / Molar. Cette
forme est caractéristique d’un établissement fortifié médiéval. Il correspond certainement au
château édifié vers 1210 par les sires de Mont et de Prangins. Le Molard de Genolier constitue
donc en quelque sorte l’ancêtre et prédécesseur de la maison du Bois de Chênes (fig. 1).

La réunification de la seigneurie et construction dans le Bois de Chênes
Seigneur de Givrins et fils du co-seigneur de Genolier, Étienne Quisard parvient à
réunir l’entier de la seigneurie en 1688 en la rachetant, selon le droit de réintégrande alors en
vigueur. Il s’agit d’une loi du gouvernement bernois favorisant la réunion des fiefs précédem-
ment divisés, dans un souci de simplification administrative et foncière. Quisard assied donc
son pouvoir en édifiant une nouvelle demeure dans la « Forêt de Genolly ». En effet, le vieux 1

château, depuis longtemps en ruines, est presque arasé, ses pierres ayant servi à rebâtir le
château baillival de Nyon en 1574 -1575 (fig. 2).

Un exceptionnel plan à vue de 1692 découvert dans un passe-plat
En 1992, l’ancien archéologue cantonal Denis Weidmann1 découvre fortuitement dans 1
Carte de 1848 permettant de situer le Molard
le passe-plat de la salle à manger du château de Coinsins un extraordinaire plan à vue, qui par rapport à la localité de Genolier et à
la maison du Bois de Chênes (« Vers la
s’avère de prime importance pour la connaissance du Bois de Chênes et de sa maison. Ce Maison »). La topographie spécifique des
lieux est particulièrement mise en valeur ici.
document est aujourd’hui conservé par les Archives cantonales vaudoises (fig. 4). Il est excep- (ACV, GC 1239)
tionnel de par la date précoce (1692), le fourmillement de détails, les éléments dessinés en trois 2 2 3
Vestiges du Molard. État 1974
dimensions et la mise en couleurs à la plume.
3
La maison du Bois de Chêne y occupe une place privilégiée, représentée en pers- La forêt du Bois de Chênes à Genolier,
sur le chemin de la maison seigneuriale.
pective, et de manière exagérément grande. Cette nouvelle demeure seigneuriale n’est pas (Fondation du Bois de Chênes)

54 PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE 55
LECTURE DE CARTES. LA MAISON
DU BOIS DE CHÊNES À GENOLIER
Sise dans une réserve naturelle classée, posée sur une légère éminence et au centre
d’une grande clairière (fig. 3), la maison seigneuriale du Bois de Chênes apparaît au visiteur
qui s’y rend pour la première fois comme la belle endormie d’un livre de contes, bien isolée et
loin des hommes… Mais à y regarder de plus près, on remarque qu’elle constituait le centre
de toute une économie basée sur l’élevage, l’agriculture, la sylviculture et surtout l’énergie
hydraulique. De plus, elle était idéalement établie à la croisée des chemins, à mi-distance des
localités de Genolier, Arzier-Le Muids, Begnins, Vich et Coinsins. Avec les sources écrites et les
vestiges encore visibles sur le terrain, la lecture des anciens plans du site et de la commune de
Genolier permet de comprendre le contexte géographique et historique, mais aussi de mesurer
l’intérêt stratégique de la maison.

Le Molard et sa motte castrale
Pour bien saisir l’importance de la maison du Bois de Chênes, il faut tout d’abord Catherine Schmutz Nicod
Historienne des monuments
s’intéresser à l’histoire de la seigneurie de Genolier, qui a connu de nombreux changements Rédactrice des Monuments d’art et d’histoire
depuis le Moyen Âge. Elle était co-dirigée par les familles de Prangins et de Mont, qui ont
construit le premier château de Genolier vers 1210. Selon le médiéviste Bernard Andenmatten,
les de Mont sont l’une des rares familles de la noblesse vaudoise que l’on peut rattacher à
l’entourage des rois de Bourgogne au Xe siècle, c’est dire leur ancrage dans la région. Leur
château de Mont-le-Grand (commune de Mont-sur-Rolle) est d’ailleurs attesté dès 996.
Les anciens plans de Genolier montrent les ruines d’une tour forte située à proximité
immédiate du village, implantée sur une motte circulaire au lieu-dit Le Molard / Molar. Cette
forme est caractéristique d’un établissement fortifié médiéval. Il correspond certainement au
château édifié vers 1210 par les sires de Mont et de Prangins. Le Molard de Genolier constitue
donc en quelque sorte l’ancêtre et prédécesseur de la maison du Bois de Chênes (fig. 1).

La réunification de la seigneurie et construction dans le Bois de Chênes
Seigneur de Givrins et fils du co-seigneur de Genolier, Étienne Quisard parvient à
réunir l’entier de la seigneurie en 1688 en la rachetant, selon le droit de réintégrande alors en
vigueur. Il s’agit d’une loi du gouvernement bernois favorisant la réunion des fiefs précédem-
ment divisés, dans un souci de simplification administrative et foncière. Quisard assied donc
son pouvoir en édifiant une nouvelle demeure dans la « Forêt de Genolly ». En effet, le vieux 1

château, depuis longtemps en ruines, est presque arasé, ses pierres ayant servi à rebâtir le
château baillival de Nyon en 1574 -1575 (fig. 2).

Un exceptionnel plan à vue de 1692 découvert dans un passe-plat
En 1992, l’ancien archéologue cantonal Denis Weidmann1 découvre fortuitement dans 1
Carte de 1848 permettant de situer le Molard
le passe-plat de la salle à manger du château de Coinsins un extraordinaire plan à vue, qui par rapport à la localité de Genolier et à
la maison du Bois de Chênes (« Vers la
s’avère de prime importance pour la connaissance du Bois de Chênes et de sa maison. Ce Maison »). La topographie spécifique des
lieux est particulièrement mise en valeur ici.
document est aujourd’hui conservé par les Archives cantonales vaudoises (fig. 4). Il est excep- (ACV, GC 1239)
tionnel de par la date précoce (1692), le fourmillement de détails, les éléments dessinés en trois 2 2 3
Vestiges du Molard. État 1974
dimensions et la mise en couleurs à la plume.
3
La maison du Bois de Chêne y occupe une place privilégiée, représentée en pers- La forêt du Bois de Chênes à Genolier,
sur le chemin de la maison seigneuriale.
pective, et de manière exagérément grande. Cette nouvelle demeure seigneuriale n’est pas (Fondation du Bois de Chênes)

54 PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE 55
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fortifiée, elle ne comporte pas de tour ni de système défensif, mais emprunte un modus vivendi
fréquent dans la région, en regroupant sous un même toit l’habitation et l’exploitation rurale.
Signe que dès lors les temps sont sûrs, nul besoin de se protéger des assauts d’un potentiel
ennemi, place désormais au rendement agricole !
Malgré une représentation un peu naïve, ce plan apporte des détails précis, certains
plus mis en valeur que d’autres. Il donne des indications sur les priorités d’alors : le tracé des
routes, l’emplacement des moulins et des étangs, les lieux-dits, l’emprise du bois de chênes
sur le territoire, où chaque arbre est esquissé pour lui-même. Le relief particulièrement tour-
menté de la forêt n’est par contre pas du tout signifié graphiquement. Et nous remarquons
que la maison n’est pas identique à celle qu’on connaît aujourd’hui. En effet, le plan de 1692
est dressé alors que la maison est encore en construction, ce qui explique des différences
en façades par rapport à la fin des travaux qui interviendront en 1694. Nous reconnaissons
tout de même la maison grâce au volume de son rural et à sa toiture coiffée d’épis de faîtage
surmontés de drapeaux. Ceux-ci sont ornés de bandes verticales (de pals) avec trois étoiles.
Ils indiquent l’origine noble des propriétaires du lieu, les Quisard. En langage héraldique, ces
bannières sont fascées d’azur et d’argent de six pièces, chaque fasce d’azur chargée d’une
étoile d’or. Une cheminée est représentée, révélant la présence ancienne d’un four, peut-être à
l’arrière de la maison. Par contre, aucune dépendance n’est dessinée.
L’analyse du plan atteste de l’emplacement stratégique qu’occupe la maison, au
centre d’un réseau de routes et d’eaux, à proximité des moulins, alors qu’aujourd’hui cette
bâtisse semble éloignée de toute activité humaine. Précisons que les chênaies de l’époque
bernoise étaient surveillées de près car leur bois de qualité permettait de multiples usages.
Il servait notamment pour la construction (charpentes, boiseries) et la tannerie (tanin issu de
l’écorce). Par ailleurs, les glands apportaient une nourriture substantielle pour les porcs.

Un ensemble unique à réveiller en douceur
Édifiée pour accueillir l’habitation d’un maître, la maison est nommée « château » sur
le plan de 1766 car elle logeait de nobles habitants (fig. 6). Ayant perdu ce statut quand le sei-
gneur de Coinsins racheta la terre de Genolier et construisit un bâtiment « à la moderne », on lui
a par la suite donné le nom de ferme.
Les propriétaires se sont succédé 2, produisant leur lot d’actes notariés et de plans
qui permettent eux aussi de retracer précisément l’histoire des lieux. On y trouve des mentions
toponymiques, parfois des indications topographiques, des renseignements sur l’agriculture,
l’emprise de la forêt au cours des siècles, etc.
La typologie de la maison, avec son plan en T et son immense rural qui repose sur des
poteaux de bois, est restée heureusement inchangée. De même, de nombreux éléments archi-
tecturaux, tels la vaste allée distributive au rez-de-chaussée, les parquets à cadre, les boiseries
de 1750, l’escalier de bois, les murs à colombage et la charpente de la fin du XVIIe siècle, sont
4 conservés dans la partie habitation, alors que le rural, spectaculaire par son volume, présente
La maison du Bois de Chênes construite
par Étienne Quisard après qu’il eut réuni encore des installations séculaires.
l’entier de la seigneurie de Genolier ; un acte
symbolique fort, ce que tend à démontrer ce Au fil du temps, plusieurs dépendances sont jointes au bâtiment principal, dont un
plan de 1692, où la demeure règne au milieu
d’une grande forêt, toutes deux illustrées à four, une basse-cour, un boiton et une fontaine. Le jardin potager fermé de grands murs et le
la gloire du nouveau maître.
(ACV, Gb 239 a, fos 65-66) canal aménagé au XIXe siècle procurent au site un mode de vie pratiquement autarcique (fig. 7).

56 PATRIMONIAL N° 3 – UN TERRITOIRE PLURIEL PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE 57
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fortifiée, elle ne comporte pas de tour ni de système défensif, mais emprunte un modus vivendi
fréquent dans la région, en regroupant sous un même toit l’habitation et l’exploitation rurale.
Signe que dès lors les temps sont sûrs, nul besoin de se protéger des assauts d’un potentiel
ennemi, place désormais au rendement agricole !
Malgré une représentation un peu naïve, ce plan apporte des détails précis, certains
plus mis en valeur que d’autres. Il donne des indications sur les priorités d’alors : le tracé des
routes, l’emplacement des moulins et des étangs, les lieux-dits, l’emprise du bois de chênes
sur le territoire, où chaque arbre est esquissé pour lui-même. Le relief particulièrement tour-
menté de la forêt n’est par contre pas du tout signifié graphiquement. Et nous remarquons
que la maison n’est pas identique à celle qu’on connaît aujourd’hui. En effet, le plan de 1692
est dressé alors que la maison est encore en construction, ce qui explique des différences
en façades par rapport à la fin des travaux qui interviendront en 1694. Nous reconnaissons
tout de même la maison grâce au volume de son rural et à sa toiture coiffée d’épis de faîtage
surmontés de drapeaux. Ceux-ci sont ornés de bandes verticales (de pals) avec trois étoiles.
Ils indiquent l’origine noble des propriétaires du lieu, les Quisard. En langage héraldique, ces
bannières sont fascées d’azur et d’argent de six pièces, chaque fasce d’azur chargée d’une
étoile d’or. Une cheminée est représentée, révélant la présence ancienne d’un four, peut-être à
l’arrière de la maison. Par contre, aucune dépendance n’est dessinée.
L’analyse du plan atteste de l’emplacement stratégique qu’occupe la maison, au
centre d’un réseau de routes et d’eaux, à proximité des moulins, alors qu’aujourd’hui cette
bâtisse semble éloignée de toute activité humaine. Précisons que les chênaies de l’époque
bernoise étaient surveillées de près car leur bois de qualité permettait de multiples usages.
Il servait notamment pour la construction (charpentes, boiseries) et la tannerie (tanin issu de
l’écorce). Par ailleurs, les glands apportaient une nourriture substantielle pour les porcs.

Un ensemble unique à réveiller en douceur
Édifiée pour accueillir l’habitation d’un maître, la maison est nommée « château » sur
le plan de 1766 car elle logeait de nobles habitants (fig. 6). Ayant perdu ce statut quand le sei-
gneur de Coinsins racheta la terre de Genolier et construisit un bâtiment « à la moderne », on lui
a par la suite donné le nom de ferme.
Les propriétaires se sont succédé 2, produisant leur lot d’actes notariés et de plans
qui permettent eux aussi de retracer précisément l’histoire des lieux. On y trouve des mentions
toponymiques, parfois des indications topographiques, des renseignements sur l’agriculture,
l’emprise de la forêt au cours des siècles, etc.
La typologie de la maison, avec son plan en T et son immense rural qui repose sur des
poteaux de bois, est restée heureusement inchangée. De même, de nombreux éléments archi-
tecturaux, tels la vaste allée distributive au rez-de-chaussée, les parquets à cadre, les boiseries
de 1750, l’escalier de bois, les murs à colombage et la charpente de la fin du XVIIe siècle, sont
4 conservés dans la partie habitation, alors que le rural, spectaculaire par son volume, présente
La maison du Bois de Chênes construite
par Étienne Quisard après qu’il eut réuni encore des installations séculaires.
l’entier de la seigneurie de Genolier ; un acte
symbolique fort, ce que tend à démontrer ce Au fil du temps, plusieurs dépendances sont jointes au bâtiment principal, dont un
plan de 1692, où la demeure règne au milieu
d’une grande forêt, toutes deux illustrées à four, une basse-cour, un boiton et une fontaine. Le jardin potager fermé de grands murs et le
la gloire du nouveau maître.
(ACV, Gb 239 a, fos 65-66) canal aménagé au XIXe siècle procurent au site un mode de vie pratiquement autarcique (fig. 7).

56 PATRIMONIAL N° 3 – UN TERRITOIRE PLURIEL PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE 57
5

6
5
Des travaux de restauration ont commencé en automne 2017 sur cet ensemble remar- La typologie en T de la maison une fois
terminée, avec l’habitation placée perpen-
quable, aujourd’hui géré par la Fondation du Bois de Chênes (www.boisdechenes.ch). L’exten- diculairement au rural, rappelle celle de la
ferme traditionnelle bernoise. Elle trouve un
sion de classement du bâtiment et de ses dépendances, apportée cette même année par le exemple proche avec la maison du Mimorey
à Coinsins, qui porte la date de 1682.
Canton de Vaud, vise à donner de la cohérence à l’entier du site. Gageons que le chantier éveil-
6
lera en douceur la belle assoupie, paisiblement installée au milieu d’une forêt exceptionnelle, La « Grosse de reconnaissances de
Genolier », datant de 1764, donne ce
elle aussi mise sous protection depuis plus de cinquante ans. descriptif des lieux : « La Terre et Seigneurie
de Genollier, Située au Bailliage de Nyon,
Consistant en Maison Seigneuriale, Grange,
et autres Bâtiments et dépendances, Jardins,
Vergers, Chenevier, Un grand Bois, Contenant
Environ quatre Cent poses, les Prés, Champs
et Tattes Contigus [...] » (ACV, P de Mestral I
1653, fos 9-9v). (ACV, Gb 239 b, fo 46)

7
Détail du plan de Genolier, 1844.
1
Membre du groupe de travail chargé de régler le legs du château de Coinsins à l’État de Vaud (revendu depuis lors à un particulier). (ACV, Gb 239 c1, fo 35)
2
Les propriétaires successifs sont : famille Quisard, 1688 -1725 ; famille de Portes, 1725 -1764 ; famille Bertrand, 1764 -1782 ;
famille de Mestral, 1782 -1835 ; famille Guebhard, 1835 -1919 ; Commune de Genolier, 1919.

58 PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE PATRIMONIAL N° 3 – UN TERRITOIRE PLURIEL 59
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Des travaux de restauration ont commencé en automne 2017 sur cet ensemble remar- La typologie en T de la maison une fois
terminée, avec l’habitation placée perpen-
quable, aujourd’hui géré par la Fondation du Bois de Chênes (www.boisdechenes.ch). L’exten- diculairement au rural, rappelle celle de la
ferme traditionnelle bernoise. Elle trouve un
sion de classement du bâtiment et de ses dépendances, apportée cette même année par le exemple proche avec la maison du Mimorey
à Coinsins, qui porte la date de 1682.
Canton de Vaud, vise à donner de la cohérence à l’entier du site. Gageons que le chantier éveil-
6
lera en douceur la belle assoupie, paisiblement installée au milieu d’une forêt exceptionnelle, La « Grosse de reconnaissances de
Genolier », datant de 1764, donne ce
elle aussi mise sous protection depuis plus de cinquante ans. descriptif des lieux : « La Terre et Seigneurie
de Genollier, Située au Bailliage de Nyon,
Consistant en Maison Seigneuriale, Grange,
et autres Bâtiments et dépendances, Jardins,
Vergers, Chenevier, Un grand Bois, Contenant
Environ quatre Cent poses, les Prés, Champs
et Tattes Contigus [...] » (ACV, P de Mestral I
1653, fos 9-9v). (ACV, Gb 239 b, fo 46)

7
Détail du plan de Genolier, 1844.
1
Membre du groupe de travail chargé de régler le legs du château de Coinsins à l’État de Vaud (revendu depuis lors à un particulier). (ACV, Gb 239 c1, fo 35)
2
Les propriétaires successifs sont : famille Quisard, 1688 -1725 ; famille de Portes, 1725 -1764 ; famille Bertrand, 1764 -1782 ;
famille de Mestral, 1782 -1835 ; famille Guebhard, 1835 -1919 ; Commune de Genolier, 1919.

58 PATRIMONIAL N° 3 – PAYSAGES DE L’HISTOIRE PATRIMONIAL N° 3 – UN TERRITOIRE PLURIEL 59
IMPRESSUM
CRÉDITS
Éditeurs Abréviations Crédits
Section monuments et sites ACV 8bitstudio
Service Immeubles, patrimoine et logistique Archives cantonales vaudoises pp. 98, 99
Département des finances et Yves André
des relations extérieures du canton de Vaud AMH pp. 4-5, 12, 112 (Mont-sur-Rolle)
Place de la Riponne 10 Archives des monuments historiques Archives cantonales vaudoises
1014 Lausanne pp. 26, 28-31, 33, 34, 39 (fig. 2), 40, 43 (fig. 2), 55 (fig. 1),
t +41 (0) 21 316 73 37 DFIRE 56, 58 (fig. 6), 59
www.patrimoine.vd.ch/monuments-et-sites Département des finances et des relations extérieures Archives Christophe Amsler, Lausanne
p. 48
et DHS Archives communales d’Échallens
Dictionnaire historique de la Suisse p. 36
Till Schaap Edition Archives communales de Payerne
Keltenstrasse 96 IFP p. 44
3018 Bern Inventaire fédéral des paysages, Archives communales de Prangins
t +41 (0) 31 382 40 00 sites et monuments naturels d’importance nationale pp. 50-51 et couverture
www.tillschaapedition.ch Archives de la Ville de Lausanne
INV p. 85
Directeur de la publication Mis à l’inventaire des monuments historiques non classés Atelier Saint-Dismas SA
Laurent Chenu p. 104 (Hôtel Royal)
ISOS Bibliothèque nationale de France/Gallica.bnf.fr
Rédaction et coordination Inventaire fédéral des sites construits p. 32
Karina Queijo d’importance nationale à protéger en Suisse Laura Bottiglieri
pp. 114, 115
Graphisme et mise en pages IVS Centre photo Lausanne
Sandra Binder, Lausanne Inventaire fédéral des voies de communication historiques p. 83
de la Suisse Collection Didier Zuchuat
Photolitho pp. 88, 90-93
Images 3, Lausanne JEP Joël Christin/Jean-Michel Zellweger
Journées européennes du patrimoine p. 87 (fig. 5)
Typographie Creative Commons CC BY-SA 4.0, photo Peb45
Alain Narbel, Renens MAH p. 110 (Ormont-Dessus)
Monuments d’art et d’histoire Luca Delachaux
Impression pp. 58 (fig. 5), 102 (Bourg-en-Lavaux), 103 (Founex), 112
Courvoisier Attinger Arts graphiques SA, Bienne MH (Genolier)
Classé monument historique Matthieu Devanthéry
Papier pp. 102 (Concise), 105 (Montreux)
Lessebo Smooth White FSC, MHCF Jean-Pierre Dewarrat
150 gm2 et 300 gm2 Placé sous la protection de la Confédération pp. 94, 96, 97
Fondation du Bois de Chênes, photo Marie-Madeleine
Tirage OFC Klopfenstein
1500 exemplaires Office fédéral de la culture p. 55 (fig. 3)
Fonds Gustave Roud, CRLR/© Association des amis
ISBN PBC A de Gustave Roud
978-3-03878-027-4 Liste A de l’inventaire suisse de la Protection des biens pp. 21, 24
culturels Fonds photographique Gustave Roud, BCUL/
© Patrimonial, Lausanne, 2018 © Charles-Antoine Subilia
PBC B pp. 16, 19, 22, 23
Remerciements Liste B de l’inventaire suisse de la Protection des biens Matthieu Gafsou
La rédaction remercie les auteurs des articles culturels pp. 87 (fig. 4), 108 (Bourg-en-Lavaux)
et les photographes qui ont offert leurs prestations, Géodonnées État de Vaud
de même que toutes les institutions et les personnes PGN p. 43 (fig. 1, 3)
qui ont généreusement ouvert leurs portes et leurs Placé sous protection générale Géodonnées État de Vaud, OpenStreetMap
archives. pp. 63, 79 (fig. 2), 81 (fig. 3, 4)
SHAS Rémy Gindroz
Commandes et souscriptions Société d’histoire de l’art en Suisse pp. 104 (maison de maître), 105 (Parlement cantonal),
auprès des éditeurs : 106 (Nyon, Veytaux), 109 (Gilly, Duillier), 110 (Aigle),
t +41 (0) 21 316 73 37 SIPaL 111 (Lausanne)
monuments@vd.ch Service immeubles, patrimoine et logistique P. Gmür Conseil et Développement, Team +,
et L’Atelier du paysage, Ecoscan, Navitas Consilium
t +41 (0) 31 382 40 00 p. 86
info@tillschaapedition.ch Michèle Grote
p. 105 (Montcherand)
Prix du numéro CHF 25.– ideapub 2.0, photo Christophe Ayer
p. 103 (Crans-près-Céligny)
Photo de couverture Musée de l’Élysée
« Plans Généraux Réguliers et Géométriques pp. 66-67
de toute la Baronnie [de Prangins] », 1743. Musée national suisse
(Archives communales de Prangins, GA I) pp. 49, 52, 53
Musée national suisse, photo Benoît Aymon
p. 47
Coline Nicod
p. 106 (Yverdon)
OFC, Berne
pp. 64, 71, 72, 79 (fig. 1)
OFC, Berne/Géodonnées État de Vaud
p. 70
Plarel SA
p. 77 (fig. 3, 4)
Karina Queijo
pp. 60, 102 (Blonay), 103 (Échallens), 108 (Blonay)
Rédaction des Monuments d’art et d’histoire, photo
Brigitte Pradervand
p. 46
Rédaction des Monuments d’art et d’histoire,
photo Catherine Raemy-Berthod
pp. 39 (fig. 4), 117
Section monuments et sites,
photo Recensement architectural
pp. 39 (fig. 3, 5), 55 (fig. 2), 108 (Moudon), 109 (Montreux),
110 (Concise), 111 (Bourg-en-Lavaux, Missy)
Swisswine.ch
pp. 74, 77 (fig. 2)
Timothée Zurbuchen
p. 104 (av. Juste-Olivier 17)

120 PATRIMONIAL N° 3 – IMPRESSUM

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